Jeu pour surveillant de "vidéos-surveillance"

Les caméras de vidéo-surveillance se multiplient, c’est indéniable. A chaque événement, les médias se précipitent pour obtenir ces vidéos. L’existence de cette source apparaît comme une opportunité inespérée au même titre que le film pris par un badaud à l’aide de son téléphone portable, justifiant par là même le caractère indispensable de l’installation de caméras ou de l’existence de la fonctionnalité sur les téléphonettes. Chacun voudrait être celui par qui l’information arrive, chacun serait prêt à installer une caméra à sa fenêtre pour pouvoir être celui par qui la vérité arrive en cas de besoin.
Ce développement des caméras et des systèmes d’enregistrement est la formation progressive du réseau d’une mémoire visuelle, à l’image du réseau de neurones de notre cerveau. C’est un système dormant et somnambule qui voit, mémorise et oublie en continue.
Mais parfois la surveillance a une finalité de contrôle immédiat et nécessite l’observation humaine. Passé la vision fantasmatique du surveillant omniprésent et, donc, omnipotent, on peut aussi compatir pour cet homme (généralement) dont l’ennui doit être sans égal. Alors que la surveillance vidéo peut nous paraître, nous hommes de la rue, un enfermement immatériel dont les barreaux sont les rayons de lumière que nous reflétons, le surveillant doit se sentir prisonnier de sa salle d’observation avec pour seules fenêtres ses écrans.
Notre société s’évertue à remplacer les tâches laborieuses par l’automatisme et l’informatique. Nous pourrions l’envisager dans un cadre humaniste mais plus cyniquement il semble qu’il s’agît avant tout de faire des économies de main d’œuvre. La position du surveillant devant ses écrans est représentatif de ces emplois où l’ennui règne.
Face à l’ennui au travail, j’imagine un jeu où chaque personne filmée est un élément actif mais où le vidéo-surveillant peut aussi s’intégrer. C’est une sorte de flipper avec pour fond le quadrillage de 4 ou 9 vidéos où des éléments graphiques sont mobiles à l’écran, en superposition de ces vidéos. Les personnes filmées sont des éléments mobiles qui peuvent percuter ces objets graphiques. Le but du jeu est d’amener à ce que ces objets atteignent une cible centrale. Est ce un jeu si le joueur est inactif et impuissant à modifier le cours des choses, s’il ne peut rien faire d’autre que d’attendre qu’un passant arrive au bon moment ?
De fait, par le biais d’une caméra le vidéo-surveillant peut incruster sa propre image sur une des vidéos et, de la main, de la tête, par son propre mouvement pousser lui-même les objets graphiques. De plus, dans une vidéo fixe et suivant son angle de vue le parcours de la foule respecte le plus souvent un même axe laissant des espaces et donc des zones de l’écran sans vie. Le surveillant peut déplacer l’incrustation de son image d’une vidéo à l’autre d’un simple « Hop ! » sonore.

L’installation consiste à reproduire le bureau du surveillant : un écran de contrôle sur un bureau, une chaise de bureau placée devant. Une caméra type « web-cam » est placée sur ou sous l’écran, filmant la chaise.
Pour une meilleure qualité de l’image incrustée, la pièce doit être sombre, sans lumière naturelle et un spot doit éclairer la chaise.
Les vidéos sont, au choix, des films enregistrés qui tournent en boucle ou la vidéo de caméras in situ. Ces caméras sont de type « web-cam » avec la possibilité sur certains modèles de les connecter sur un réseau informatique interne, dans ce cas elles peuvent être distantes de 100m. De là nous pouvons imaginer d’en répartir un certain nombre dans le lieu d’exposition. Les images diffusées peuvent être retardées avec un délai correspondant au temps que met le spectateur pour aller du lieu filmé à la salle d’exposition, alors il pourra voir sa propre image.
Nous pouvons aussi imaginer qu’un "vidéo-surveillant" oriente par téléphone un acolyte placé devant une caméra pour percuter les objets...
L’installation peut permettre à une troupe de théâtre de faire une intervention dans l’idée des « Surveillance Camera Players » (http://www.notbored.org/the-scp.html) qui jouent des pièces devant les caméras de la police new-yorkaises.


Contact : edid@free.fr
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